Comprendre les régimes de neutre couramment utilisés en électricité : TT, TN et IT - NRJSOLAIRE

Comprendre les régimes de neutre couramment utilisés en électricité : TT, TN et IT

Mis à jour le 11 octobre 2026 · Rédigé par l'équipe technique NRJSOLAIRE (Dakar), installateur photovoltaïque, télécom et génie électrique depuis 2010.

En bref

  • Le régime de neutre, ou schéma de liaison à la terre (SLT), décrit comment le neutre de la source et les masses métalliques de l'installation sont reliés à la terre.
  • Il en existe trois familles : TT, TN (avec ses variantes TN-C, TN-S et TN-C-S) et IT, définies par la NF C 15-100 et la CEI 60364.
  • Chaque régime impose sa propre protection des personnes : DDR en TT, disjoncteurs ou fusibles en TN, contrôleur permanent d'isolement (CPI) en IT.
  • Pour une installation solaire hybride ou un groupe électrogène, il faut vérifier que le régime reste cohérent quand la source change, en particulier en mode secours.

Qu'est-ce qu'un régime de neutre ?

Un défaut d'isolement (une phase qui touche la carcasse d'un appareil) peut mettre une masse métallique sous tension. Le régime de neutre fixe le chemin de ce courant de défaut, donc la manière de protéger les personnes et de couper le circuit.

Il est désigné par deux lettres, parfois suivies d'une troisième :

  • Première lettre : situation du neutre de la source (transformateur, groupe électrogène ou onduleur) par rapport à la terre. T = neutre relié directement à la terre ; I = neutre isolé de la terre ou relié par une impédance élevée.
  • Deuxième lettre : situation des masses de l'installation. T = masses reliées à une prise de terre locale ; N = masses reliées au neutre de la source par le conducteur de protection.
  • Troisième lettre (régime TN uniquement) : C = neutre et conducteur de protection confondus dans un seul conducteur, le PEN ; S = neutre (N) et conducteur de protection (PE) séparés.
Schéma NRJSOLAIRE des régimes de neutre TT, TN-C, TN-S et IT : liaison du neutre du transformateur et des masses à la terre
Schéma de principe NRJSOLAIRE : les quatre schémas de liaison à la terre en triphasé. Couleurs conventionnelles : phases marron, noir et gris, neutre bleu, conducteur de protection vert-jaune.

Le régime TT : neutre à la terre, masses à la terre

Principe. Le neutre du transformateur est relié à une prise de terre au poste (résistance RB). Les masses de l'installation sont reliées à une autre prise de terre, celle du bâtiment (résistance RA), par le conducteur de protection PE.

En cas de défaut. Le courant passe de la phase à la masse, puis par la terre de l'installation, le sol et la terre du poste avant de revenir au neutre. Les résistances de terre limitent ce courant à quelques ampères ou quelques dizaines d'ampères : c'est souvent trop faible pour faire déclencher un disjoncteur, mais suffisant pour porter la masse à une tension dangereuse.

Protection associée. Des dispositifs différentiels à courant résiduel (DDR) : interrupteurs ou disjoncteurs différentiels. La règle de base est RA × IΔn ≤ 50 V (tension limite conventionnelle en locaux secs). Avec un DDR de 30 mA, la valeur théorique admissible de RA est très élevée, mais en pratique on vise une prise de terre bien plus faible, couramment inférieure à 100 Ω, et la plus basse possible pour l'efficacité des parafoudres. Les prises de courant et les circuits des locaux humides doivent être protégés par des DDR haute sensibilité 30 mA.

Avantages : simple à concevoir et à exploiter, courant de défaut faible donc peu de risque d'incendie, détection précoce des fuites.

Inconvénients : coupure dès le premier défaut, déclenchements intempestifs si les DDR sont mal répartis (fuites cumulées des onduleurs et variateurs), dépendance à la qualité de la prise de terre.

Le régime TN : masses reliées au neutre

Principe. Le neutre de la source est relié à la terre et les masses sont reliées à ce point neutre par un conducteur de protection métallique. Un défaut phase-masse devient alors un véritable court-circuit.

En cas de défaut. Le courant revient à la source par le conducteur de protection, sans passer par le sol. Il atteint des centaines d'ampères ou davantage. La masse en défaut peut monter à une tension de l'ordre de la moitié de la tension simple lorsque le PE a la même section que la phase : la coupure doit donc être rapide.

Protection associée. La protection contre les surintensités (disjoncteurs ou fusibles) assure la coupure automatique. Il faut vérifier que l'impédance de la boucle de défaut est assez faible pour que la protection déclenche dans le temps requis, par exemple 0,4 s pour un circuit terminal sous 230 V. Ce calcul limite la longueur maximale des câbles : une section trop faible ou un circuit trop long peut empêcher le déclenchement. Lorsque cette condition n'est pas remplie, on ajoute un DDR (possible en TN-S seulement).

TN-C : un seul conducteur PEN

Le neutre et le conducteur de protection sont confondus. Cette solution économise un conducteur, mais elle est réservée aux canalisations fixes de forte section (au moins 10 mm² en cuivre ou 16 mm² en aluminium). Les DDR ne peuvent pas y être utilisés, puisque le courant de défaut revient par le PEN qui traverse le différentiel. Une coupure du PEN est dangereuse : il ne doit jamais être sectionné ni protégé par un appareil de coupure.

TN-S : neutre et PE séparés

Le neutre et le PE sont séparés sur toute l'installation. Le TN-S est le régime de référence des bâtiments tertiaires et industriels alimentés par leur propre poste HTA/BT. Il autorise l'emploi de DDR et limite les courants dans les masses, ce qui est favorable aux équipements informatiques et de communication.

TN-C-S : combinaison des deux

L'installation commence en TN-C (souvent dans le tableau général), puis le PEN est séparé en N et PE pour la suite. Une règle est impérative : une fois séparés, N et PE ne doivent plus jamais être reliés en aval, et une partie TN-C ne peut pas se trouver en aval d'une partie TN-S.

Schéma NRJSOLAIRE du chemin du courant de défaut en régime TT (par le sol, coupure par DDR) et en régime TN (par le PE, coupure par disjoncteur)
Schéma de principe NRJSOLAIRE : en TT, le courant de défaut se referme par le sol et c'est le DDR qui coupe ; en TN, il revient par le conducteur de protection et c'est le disjoncteur ou le fusible qui coupe.

Le régime IT : neutre isolé, continuité de service

Principe. Le neutre de la source est isolé de la terre ou relié à celle-ci par une impédance élevée. Les masses sont reliées à la terre. Le neutre est le plus souvent non distribué.

Premier défaut. Le courant ne peut se refermer que par les capacités du réseau et l'impédance éventuelle : il est très faible, et la tension de contact reste sans danger. L'installation continue de fonctionner. Un contrôleur permanent d'isolement (CPI), obligatoire dans ce régime, signale le défaut par une alarme : il doit être recherché et éliminé rapidement.

Deuxième défaut. Si un second défaut apparaît sur un autre conducteur avant l'élimination du premier, il se produit un court-circuit entre phases à travers les masses. La coupure doit alors être assurée comme en TN (masses interconnectées) ou comme en TT (masses reliées à des prises de terre séparées).

Avantages : continuité de service, faible courant de défaut. Inconvénients : coût du CPI et de la recherche de défaut, personnel qualifié disponible, calculs de protection au second défaut.

Usages : salles d'opération (îlots IT médicaux), process industriels continus, navires, certaines installations de sécurité.

Tableau comparatif TT, TN-S, TN-C et IT

Critère TT TN-S TN-C IT
Neutre de la source À la terre À la terre À la terre Isolé ou impédant
Masses Terre locale PE relié au neutre PEN Terre locale
Courant de premier défaut Faible à moyen Élevé Élevé Très faible
Protection des personnes DDR Disjoncteur ou fusible (+ DDR possible) Disjoncteur ou fusible, DDR interdit CPI au 1er défaut, coupure au 2e
Coupure au premier défaut Oui Oui Oui Non (alarme)
Risque d'incendie Faible Moyen Élevé Faible au 1er défaut
Usage typique Habitat, petits commerces alimentés en BT Tertiaire et industrie avec poste privé Distribution de forte section Hôpitaux, process continus

Comment choisir le régime de neutre ?

Raccordé en basse tension, on subit le régime imposé par le distributeur. Le choix devient réel avec un transformateur HTA/BT privé, un groupe électrogène ou un système autonome. Les critères :

  • Continuité de service exigée : l'IT est le seul régime qui ne coupe pas au premier défaut.
  • Compétence de l'exploitant : le TT tolère une maintenance réduite ; l'IT demande une équipe capable de rechercher un défaut rapidement.
  • Risque d'incendie ou d'explosion : on privilégie les régimes à faible courant de défaut (TT, IT) ou le TN-S avec DDR ; le TN-C est à éviter.
  • Équipements électroniques et informatiques : le TN-S limite les courants parasites dans les masses et convient bien aux salles serveurs.
  • Étendue du réseau : sur de grandes longueurs de câbles, le TN impose de vérifier systématiquement l'impédance de boucle.

Au Sénégal : le réseau SENELEC

Pour les abonnés raccordés en basse tension, la distribution publique SENELEC est en général exploitée en régime TT : le neutre est mis à la terre côté réseau et chaque client doit réaliser sa propre prise de terre et protéger son installation par des DDR. Les clients alimentés par leur propre poste HTA/BT choisissent en revanche leur régime, le plus souvent TN-S ou TT.

Les pratiques peuvent varier selon les zones et l'historique des raccordements. Faites toujours vérifier le régime réel sur site (liaison du neutre au comptage, existence et valeur de la prise de terre) avant de concevoir ou de modifier une installation. Dans les sols sableux et secs de nombreuses zones du pays, obtenir une résistance de terre faible demande un vrai travail : piquets profonds, ceinture en fond de fouille ou puits de terre.

Installations solaires hybrides et onduleurs

Un onduleur hybride peut fonctionner de deux manières : raccordé au réseau, ou en mode secours (îlotage) lorsque le réseau est absent. Le régime de neutre doit rester correct dans les deux cas.

  • En présence du réseau, le neutre de l'installation est celui du réseau, déjà relié à la terre au poste en TT. Il ne faut pas créer une seconde liaison neutre-terre permanente dans l'installation.
  • En mode secours, le relais de transfert de l'onduleur isole la sortie du réseau. Selon la conception de l'appareil, le neutre peut être coupé : la sortie secours devient alors un réseau à neutre flottant, sur lequel un premier défaut ne fait pas déclencher les DDR. Il faut donc rétablir une liaison neutre-terre en sortie de l'onduleur pendant l'îlotage.
  • Certains onduleurs hybrides intègrent un relais de mise à la terre qui relie automatiquement le neutre de sortie à la terre en mode secours et l'ouvre au retour du réseau ; d'autres nécessitent un contacteur externe. Seule la notice du fabricant et un essai sur site permettent de le confirmer.
  • Côté courant continu, le champ photovoltaïque est généralement non relié à la terre, et la plupart des onduleurs mesurent la résistance d'isolement du champ avant de démarrer. Les cadres des modules et les structures restent reliés à la terre par une liaison équipotentielle.
  • Les onduleurs et variateurs créent des courants de fuite : prévoyez le type de DDR recommandé par le fabricant (souvent type A ou type B selon l'appareil) et répartissez les circuits pour éviter les déclenchements intempestifs.

Groupes électrogènes et inverseurs de source

Un groupe électrogène est une source à part entière : son neutre doit être relié à la terre (régime TT ou TN selon la conception) et sa carcasse raccordée au réseau de terre. Lors du passage réseau/groupe, l'installation change de source, donc parfois de référence de neutre. Un inverseur de source tétrapolaire, qui commute aussi le neutre, est en général recommandé lorsque les deux sources n'ont pas la même liaison neutre-terre. Les DDR doivent rester efficaces quelle que soit la source qui alimente l'installation.

Sites télécoms

Les sites télécoms combinent une alimentation alternative (réseau, groupe, solaire) et une distribution continue en −48 V, dont le pôle positif est en général relié à la terre. Côté alternatif, on rencontre surtout le TT ou le TN-S. La qualité du réseau de terre y est essentielle : barrette principale de terre unique, liaisons équipotentielles du pylône, des shelters et des chemins de câbles, et valeur de terre souvent fixée par le cahier des charges de l'opérateur.

Sécurité : les règles à ne jamais oublier

  • Toute intervention sur un tableau se fait hors tension, après vérification de l'absence de tension, par une personne qualifiée.
  • Ne coupez et ne débranchez jamais un conducteur PEN ou PE sous tension.
  • Ne reliez jamais le neutre et la terre en plusieurs points d'une installation TT ou en aval de la séparation en TN-C-S.
  • Testez les DDR avec leur bouton d'essai au moins une fois par mois, et faites mesurer la prise de terre régulièrement, en particulier après la saison sèche.
  • Après l'ajout d'un onduleur ou d'un groupe électrogène, faites contrôler la cohérence du régime de neutre en fonctionnement normal et en mode secours.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quel est le régime de neutre d'une maison au Sénégal ?

Une maison raccordée en basse tension au réseau SENELEC est en général en régime TT. Elle doit donc disposer d'une prise de terre et de dispositifs différentiels 30 mA. Le régime réel doit toujours être vérifié sur site.

Quelle est la différence entre TN-C et TN-S ?

En TN-C, le neutre et le conducteur de protection forment un seul conducteur, le PEN, et les différentiels ne peuvent pas être utilisés. En TN-S, le neutre et le PE sont séparés sur toute l'installation, ce qui permet d'utiliser des DDR.

Pourquoi le régime IT est-il utilisé dans les hôpitaux ?

Parce qu'il ne coupe pas l'alimentation au premier défaut d'isolement. Un contrôleur permanent d'isolement donne l'alarme et le défaut peut être réparé sans interrompre un équipement vital, par exemple en salle d'opération.

Un onduleur hybride change-t-il le régime de neutre ?

Il peut le modifier en mode secours si son relais de transfert coupe le neutre : la sortie devient alors un réseau à neutre flottant. Il faut rétablir une liaison neutre-terre en îlotage, par un relais intégré à l'onduleur ou un contacteur externe, selon la notice du fabricant.

Quelle valeur de prise de terre faut-il viser en régime TT ?

La condition réglementaire est RA × IΔn ≤ 50 V. Avec des DDR 30 mA, on vise en pratique une valeur bien plus faible que le maximum théorique, couramment inférieure à 100 Ω, et la plus basse possible lorsque l'installation comporte des parafoudres.

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