Pourquoi Ajoute-t-on du Sel et du Charbon dans un Puits de Terre (Earthing Pit) ? - NRJSOLAIRE

Pourquoi Ajoute-t-on du Sel et du Charbon dans un Puits de Terre (Earthing Pit) ?

Mis à jour le 11 octobre 2026 · Rédigé par l'équipe technique NRJSOLAIRE (Dakar), installateur photovoltaïque, télécom et génie électrique depuis 2010.

En bref

  • On ajoute traditionnellement du sel et du charbon dans un puits de terre pour faire baisser la résistance du sol. L'effet est réel mais temporaire, et ces produits corrodent le piquet et ses raccords : ce n'est plus une bonne pratique.
  • La valeur d'une prise de terre dépend d'abord de la résistivité du sol et de la longueur enterrée : pour un piquet vertical, R ≈ ρ / L.
  • En schéma TT, la règle de sécurité est R × IΔn ≤ 50 V. Pour les installations solaires exposées et les sites télécoms, on vise en bonne pratique moins de 10 Ω.
  • Une prise de terre se mesure (tellurohmètre, méthode des 3 piquets) et se contrôle chaque année, de préférence avant l'hivernage.

À quoi sert une prise de terre ?

La prise de terre est la partie de l'installation électrique qui assure le contact avec le sol. Toutes les masses métalliques (carcasses d'appareils, armoires, structures des panneaux solaires, baies télécoms) y sont reliées par les conducteurs de protection vert-jaune. Elle remplit trois fonctions :

  • Protéger les personnes. En cas de défaut d'isolement, le courant de fuite s'écoule par la terre et le disjoncteur différentiel (DDR) coupe le circuit avant que la tension de contact ne devienne dangereuse.
  • Protéger les équipements. Les parafoudres écoulent les surtensions dues à la foudre vers la terre. Sans prise de terre de bonne qualité, un parafoudre ne protège presque rien.
  • Stabiliser les potentiels de l'électronique, des liaisons de communication et des équipements télécoms.

Les exigences sont fixées par la NF C 15-100 et la série internationale CEI 60364, références au Sénégal. Le rôle de la terre dépend aussi du schéma de liaison à la terre retenu (TT, TN ou IT), expliqué dans notre article sur les régimes de neutre TT, TN et IT.

Pourquoi ajoute-t-on du sel et du charbon dans un puits de terre ?

Cette pratique, très répandue en Afrique de l'Ouest et en Asie du Sud (earthing pit), part d'une idée juste : dans un sol sec et sableux, le courant passe mal, et l'on cherche à rendre la zone autour du piquet plus conductrice.

  • Le sel (chlorure de sodium) se dissout dans l'eau du sol et libère des ions qui conduisent le courant. Juste après la pose, la résistance mesurée baisse nettement.
  • Le charbon de bois retient l'humidité autour de l'électrode.

Le problème, c'est la durée et la corrosion. Le sel est soluble : les pluies de l'hivernage le lessivent et la résistance remonte au bout de quelques mois. Surtout, les chlorures attaquent fortement le cuivre, l'acier et les raccords serrés : le piquet et la connexion avec le conducteur de terre se dégradent jusqu'à la rupture, souvent sans que personne ne s'en aperçoive. Le charbon, conducteur, forme avec le métal un couple qui peut lui aussi accélérer la corrosion.

C'est pourquoi les fabricants et les guides de bonne pratique ne recommandent plus le sel ni le charbon. Pour obtenir une valeur basse et durable, il vaut mieux enfoncer plus profond, multiplier les piquets, soigner le remblai et contrôler la valeur, comme expliqué ci-dessous.

La résistivité du sol : le facteur décisif

La résistivité, notée ρ et exprimée en ohms-mètres (Ω·m), indique à quel point un terrain s'oppose au passage du courant. Elle varie énormément selon la nature du sol, son humidité et sa teneur en sels : au Sénégal, on passe en quelques kilomètres d'un sable dunaire très résistant à une argile humide ou à un sol salé.

Type de sol Ordre de grandeur de ρ Commentaire
Sol salé du littoral, terrain marécageux (mangrove, tanne humide) 1 à 30 Ω·m Très conducteur mais très corrosif : soigner les matériaux
Argile humide, limon 20 à 100 Ω·m Favorable, un ou deux piquets suffisent souvent
Sable argileux 50 à 500 Ω·m Variable selon l'humidité
Latérite environ 100 à plus de 1 000 Ω·m Très variable, élevée en saison sèche
Sable siliceux sec, dunes 1 000 à plus de 3 000 Ω·m Difficile : piquets profonds ou multiples, ceinture
Roche, granite 1 500 à 10 000 Ω·m Prise de terre horizontale ou forage dédié

Valeurs indicatives tirées des tableaux usuels de l'électrotechnique. Seule une mesure sur site donne la valeur réelle de votre terrain.

Un point souvent oublié : la résistivité d'un même terrain peut être plusieurs fois plus élevée en fin de saison sèche qu'en pleine saison des pluies. Il faut dimensionner pour la période la plus défavorable.

Calculer l'ordre de grandeur de la résistance de terre

Pour un premier dimensionnement, on utilise des formules approchées classiques, où ρ est la résistivité du sol (Ω·m) et L la longueur (m) :

  • Piquet vertical : R ≈ ρ / L
  • Conducteur enterré horizontalement (tranchée) : R ≈ 2ρ / L
  • Boucle à fond de fouille : R ≈ 2ρ / L, L étant le périmètre du bâtiment

Exemples : un piquet de 2 m dans une argile à 100 Ω·m donne environ 100 / 2 = 50 Ω. Le même piquet dans un sable sec à 2 000 Ω·m donne environ 1 000 Ω, ce qui est inutilisable pour protéger des équipements. Doubler la longueur enfoncée divise à peu près la résistance par deux.

Plusieurs piquets en parallèle font baisser la valeur, à condition d'être espacés d'au moins leur longueur enterrée (deux fois plus est préférable) : trop rapprochés, ils se gênent et le gain est faible. La valeur finale se vérifie toujours par la mesure.

Les différentes méthodes de mise à la terre

  • Boucle à fond de fouille : un conducteur en cuivre nu posé au fond des fondations lors de la construction. C'est la meilleure solution pour un bâtiment neuf. Voir notre guide pour réaliser une mise à la terre en fond de fouille.
  • Piquets de terre : un ou plusieurs piquets enfoncés verticalement, reliés entre eux. Solution la plus courante sur un bâtiment existant.
  • Câble enterré en tranchée : cuivre nu à 0,6 à 1 m de profondeur, en ligne ou en ceinture, utile en sol rocheux.
  • Puits de terre : un piquet (ou un ensemble de piquets) placé dans une fouille remblayée avec soin, coiffé d'un regard de visite qui donne accès à la barrette de mesure. C'est le format le plus pratique à contrôler et entretenir.

Réaliser un puits de terre, étape par étape

Schéma NRJSOLAIRE en coupe d'un puits de terre : regard de visite, barrette de mesure, conducteur de terre en cuivre, piquet vertical d'au moins 2 m et remblai
Schéma de principe NRJSOLAIRE : coupe d'un puits de terre avec regard, barrette de mesure, conducteur de terre et piquet vertical. Cotes indicatives.
  1. Choisir l'emplacement. Une zone plutôt humide et ombragée, accessible, à l'écart des passages de véhicules, des fosses septiques et des canalisations.
  2. Creuser la fouille. Un trou d'environ 0,3 à 0,5 m de diamètre, suffisamment profond pour que le piquet atteigne le sol naturel humide. La profondeur dépend du terrain : 2 à 3 m sont courants.
  3. Mettre en place le piquet. Piquet en cuivre massif ou en acier cuivré (diamètre courant 14 à 16 mm), d'au moins 2 m. On l'enfonce au fond de la fouille dans le terrain non remanié ; des piquets raboutables permettent d'aller plus loin si la valeur reste trop élevée.
  4. Raccorder le conducteur de terre. Conducteur en cuivre, en général 25 mm² minimum lorsqu'il est nu et enterré, fixé par un collier ou une cosse adaptés au piquet. Le raccord doit être serré, accessible ou protégé contre la corrosion. La section exacte se détermine avec l'installation (voir notre méthode de calcul de la section de câble).
  5. Remblayer. Avec de la terre fine, sans cailloux, légèrement humidifiée et compactée par couches pour assurer un bon contact avec le piquet. Pas de sel, pas de charbon.
  6. Poser le regard et la barrette de mesure. Un regard en béton ou en PVC renforcé avec couvercle, et une barrette de mesure sectionnable entre la prise de terre et le conducteur qui remonte vers la borne principale de terre du tableau.
  7. Mesurer et consigner. Relever la valeur obtenue, la date et les conditions (saison, temps), puis ajouter des piquets si la valeur cible n'est pas atteinte.

Améliorer un sol très résistant

Si la résistance reste trop élevée, dans l'ordre : allonger ou multiplier les piquets, ajouter une ceinture de cuivre nu les reliant, puis seulement un amendement. La bentonite, argile qui retient l'eau, est la plus utilisée, avec prudence : en sol très sec, elle se rétracte et peut perdre le contact avec le piquet. Tout produit du commerce doit être non corrosif.

Sécurité

  • Ouvrir la barrette de mesure supprime la protection de toute l'installation : n'intervenez qu'installation hors tension, ou le temps strictement nécessaire à la mesure, par une personne qualifiée.
  • Ne reliez jamais la terre au neutre de votre propre initiative et n'utilisez jamais une canalisation d'eau comme prise de terre.
  • Un conducteur de terre coupé ou corrodé ne se voit pas : seule la mesure permet de s'assurer que la protection fonctionne.

Mesurer une prise de terre

Schéma NRJSOLAIRE de la mesure d'une prise de terre au tellurohmètre par la méthode des 3 piquets (piquet de potentiel à 62 % de la distance)
Schéma de principe NRJSOLAIRE : mesure au tellurohmètre par la méthode des 3 piquets. Distances indicatives.

La méthode des 3 piquets (ou méthode des 62 %) est la référence. Le tellurohmètre injecte un courant entre la prise à mesurer (E) et un piquet auxiliaire de courant (C) planté à une vingtaine de mètres ou plus, puis mesure la tension grâce à un piquet de potentiel (P) placé sur la même ligne, à environ 62 % de la distance E–C. On ouvre la barrette pour mesurer la prise seule. On refait ensuite la mesure en déplaçant P un peu avant et un peu après : si les trois valeurs sont proches, la mesure est fiable.

La pince de terre (pince de boucle) mesure sans piquets auxiliaires, mais seulement si la prise fait partie d'une boucle (plusieurs terres interconnectées, comme sur un site télécom). Elle ne convient pas à une prise unique et isolée.

Attention : une simple mesure au multimètre entre la terre et le neutre ne donne pas la résistance de la prise de terre.

Quelle valeur viser ?

En schéma TT, la condition de protection des personnes s'écrit R × IΔn ≤ 50 V, où R est la résistance de la prise de terre des masses et IΔn la sensibilité du disjoncteur différentiel. La protection contre la foudre et la stabilité des équipements électroniques demandent cependant des valeurs beaucoup plus basses.

Situation Valeur Nature
TT avec différentiel 500 mA ≤ 100 Ω Limite de sécurité (50 V / 0,5 A)
TT avec différentiel 30 mA ≤ 1 667 Ω (théorique) Limite de sécurité, à ne pas prendre comme objectif
Habitation, usage courant Moins de 100 Ω, le plus bas possible Bonne pratique
Installation photovoltaïque exposée, forage solaire Moins de 10 Ω visés Recommandation pour l'efficacité des parafoudres
Site télécom, salle serveur Moins de 10 Ω, souvent 5 Ω au cahier des charges Recommandation, selon l'exploitant

Pourquoi viser bas ? Le courant de foudre écoulé par le parafoudre type 1 ou type 2 crée une élévation de potentiel proportionnelle à la résistance de terre : plus elle est faible et les liaisons courtes, mieux les équipements sont protégés.

Liaison équipotentielle : une seule terre pour tout le site

La liaison équipotentielle principale relie à la borne principale de terre les canalisations métalliques entrant dans le bâtiment et les structures métalliques. Les prises de terre séparées (paratonnerre, pylône, champ solaire au sol) doivent être interconnectées : deux terres indépendantes peuvent se retrouver à des potentiels très différents lors d'un orage, et la surtension traverse alors les équipements qui les relient.

Mise à la terre d'une installation solaire

  • Structures et cadres des modules : tous reliés entre eux et à la terre par un conducteur de liaison équipotentielle en cuivre (6 mm² minimum, 16 mm² souvent retenus quand la liaison participe aussi à l'écoulement des courants de foudre). Sur l'aluminium anodisé, utiliser des rondelles crantées ou des pièces de mise à la terre prévues par le fabricant pour percer la couche isolante.
  • Onduleur : borne PE raccordée à la terre selon la notice ; beaucoup d'onduleurs surveillent l'isolement du champ et signalent un défaut si la terre est mauvaise.
  • Parafoudres DC et AC : conducteur de terre le plus court et le plus direct possible vers la barre de terre du coffret.
  • Champ au sol et forages : prévoir une prise de terre près du champ ou de la pompe, interconnectée avec celle du local technique.

Ces points sont intégrés d'origine dans nos kits solaires hybrides NRJSOLAIRE posés par nos équipes.

Le cas des sites télécoms

Un site télécom combine un pylône très exposé à la foudre, de longues liaisons, des redresseurs, des batteries et une électronique sensible. La mise à la terre s'y organise ainsi :

  • une ceinture de terre autour du pylône et du shelter, avec plusieurs piquets, toutes les terres du site étant interconnectées ;
  • une barre de terre principale dans le local ou l'armoire, à laquelle sont raccordés en étoile les baies, redresseurs, racks batteries, parafoudres et le pôle de référence de l'alimentation continue ;
  • une barre de terre extérieure au point d'entrée des câbles, pour mettre à la terre les blindages avant qu'ils n'entrent dans le local.
Techniciens NRJSOLAIRE intervenant sur une armoire d'énergie télécom au-dessus d'un rack de batteries, site YCELL en Gambie
Techniciens NRJSOLAIRE intervenant sur une armoire d'énergie télécom au-dessus d'un rack de batteries, site YCELL, Gambie. Photo NRJSOLAIRE.

Maintenance : un contrôle chaque année, avant l'hivernage

Une prise de terre vieillit : raccords corrodés, barrette desserrée, conducteur arraché lors de travaux. Nous recommandons un contrôle au moins annuel, idéalement en mai ou juin, avant la saison des orages, quand le sol est encore au plus sec :

  • mesurer la résistance de terre et comparer avec les valeurs précédentes ;
  • vérifier l'état et le serrage de la barrette, des colliers et des cosses ;
  • vérifier le conducteur jusqu'au tableau, les parafoudres et les liaisons équipotentielles ;
  • refaire un contrôle après tout impact de foudre à proximité, et consigner les résultats dans un registre.

Questions fréquentes

Faut-il mettre du sel dans un puits de terre ?

Non. Le sel fait baisser la résistance juste après la pose, mais il est lessivé par les pluies et il corrode le piquet et ses raccords. Il vaut mieux allonger ou multiplier les piquets et, si nécessaire, utiliser un amendement non corrosif comme la bentonite.

Quelle profondeur pour un piquet de terre ?

Au moins 2 m de piquet enfoncé dans le sol naturel, souvent 2 à 3 m. En sol sableux sec, il faut aller plus profond ou installer plusieurs piquets espacés d'au moins leur longueur.

Quelle valeur de résistance de terre faut-il obtenir ?

En schéma TT, il faut respecter R × IΔn ≤ 50 V, soit 100 Ω au maximum avec un différentiel 500 mA. Pour une installation solaire exposée ou un site télécom, on vise en bonne pratique moins de 10 Ω pour que les parafoudres soient efficaces.

Quelle section de câble pour la prise de terre ?

En général 25 mm² minimum pour un conducteur de terre en cuivre nu enterré. Les autres conducteurs de protection se dimensionnent selon l'installation.

Comment savoir si ma prise de terre fonctionne encore ?

Seule une mesure le confirme : tellurohmètre par la méthode des 3 piquets, ou pince de terre lorsque la prise fait partie d'une boucle. Faites-la contrôler au moins une fois par an, avant l'hivernage, et après tout orage violent à proximité.

Mesurer ou refaire votre prise de terre

NRJSOLAIRE mesure, réalise et remet en conformité les prises de terre des habitations, installations solaires, forages et sites télécoms, avec parafoudres et liaisons équipotentielles.

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