L'hésitation du sénégalais

L'hésitation du sénégalais

L’hésitation est à la fois raisonnement et pusillanimité, une force et un handicap. Nous hésitons tous à longueur de journée. C’est d’ailleurs très salubre. C’est la preuve que nous avons la capacité de penser et de prendre des décisions sensées. Mais pour certains, l’hésitation devient une vraie hallucination. Hésiter, c’est avant tout avoir l’assortiment.

L’HESITATION NOUS MÈNE A UN HANDICAP

Il n’y a peu qu’en absolutisme que l’on n’est pas conquis au doute, et que l’on sait ce qu’on doit faire, de quelle manière et pour quelles raisons, sans se poser la moindre question. La république compromet de faire des choix. Celui de voter bien entendu, mais aussi celui de son orientation professionnelle, de sa carrière, de son cadre de vie, de sa structure familiale ou même de l’endroit où l’on veut vivre. Tous ces choix compromettent de prendre des décisions éthiques, économiques, physiques, sentimentales qui impacteront positivement ou bien négativement notre existence et celles de nos proches. Ces déterminations sont parfois difficiles à prendre, mais ils sont le prix à payer pour notre liberté.

Si vous avez du mal à vous conduire, c’est que vous vous posez des questions, que vous pensez.  Quiconque hésite est déjà un être moral comme le disait un écrivain. L’indétermination met en évidence une conception, une intelligence, et une estimation fouillée d’une situation dans sa complexité. Ne jamais être dominé à une ambiguïté, c’est en quelque sorte être incapable de tout jugement moral, impropre à peser le pour et le contre dans un contexte donné, et incompétent pour prendre des décisions raisonnées et réfléchies.

L’hésitation, comme l’incertitude, est donc très forte. Ils sont tous deux des mécanismes fondamentaux à notre vie sociale et même à notre survie. Vivre continuellement dans l’instant présent, en suivant ses pulsions ou en faisant comme tout le monde, sans jamais se poser des questions sur les conséquences de ses actes peut se révéler au mieux mal adapté à la vie en société, au mauvais dangereux.

Si pour certains, l’apparat de choisir est équivalent de liberté, d’autres trouvent cela profondément inquiétant. Faire preuve d’hésitation est, certes, valide, mais trop hésiter peut devenir un véritable récif, lorsque cela vous mène à ne plus prendre de décision, de peur de jeter son dévolu sur la mauvaise option, et par suite de toujours repousser au lendemain les choix importants.

Ce genre d’attitude tient de l’obsession, d’une perte excessive de confiance en soi. Il n’est pas simple de s’en défaire tant le doute est ancré profondément. Mais rien n’est impossible. Si certains sautent le pas et se lancent dans une thérapie particulièrement cognitivo-comportementale pour tenter de diminuer cet effroi qui les paralyse, d’autres reprennent subitement confiance en eux à l’occasion d’un changement d’environnement, par exemple en débutant un nouveau labeur, ou en se fixant des objectifs audacieux, ou en mettant au monde un enfant, ou en transportant.

Tous ces grands changements nous font généralement considérer notre destinée de manière différente et nous obligent à faire des choix. Faire preuve d’une hésitation excessive ne signifie pas que l’on fasse de meilleurs choix. Tout d’abord parce que dans de maintes situations, il n’y a ni bon ni mauvais choix, c’est d’ailleurs pour cela que certains hésitent tant, mais aussi parce que personne ne peut lire dans l’avenir et que, malgré les choix que nous faisons, nous devrons toujours accorder un minimum de confiance au hasard.

Lorsque l’on se choisit une orientation professionnelle par exemple, il est difficile d’anticiper les bouleversements technologiques, sociologiques ou même juridiques qui pourraient transformer radicalement le marché du travail.

En revanche, une hésitation trop intense rend nos choix plus solennels, nos attentes plus importantes et notre désarroi plus fort lorsque tout ne se passe pas comme prévu.

Les personnes qui hésitent beaucoup ont souvent une grande crainte de l’avenir, de l’impact qu’auront leurs décisions sur les autres et sur leur propre vie.

Leur problème n’est pas tant de ne pas être capable de prendre des résolutions, mais plutôt de vouloir en permanence vivre dans le contrôle sans y parvenir complètement.

L'HESITATION STOPPE L’AVANCEMENT

Les plus grands créateurs qu’ils soient entrepreneurs, artistes ou autres partagent tous un point commun : ils savent prendre des décisions.Cela ne veut pas dire qu’ils prennent de meilleures décisions que les autres. C’est juste qu’ils aient moins peur de l’échec.

La plupart des grands artistes se sont fait connaître très tard, après avoir subi de revers innombrables.Les entrepreneurs à succès ont bien souvent essuyé de multiples défaites avant de connaître la réussite.Certains d’entre eux ont enduré la banqueroute et la misère.Leur force n’est pas d’avoir pris de meilleures décisions que les autres, mais de lutter contre leurs doutes pour mieux rebondir et d’essayer de nouvelles choses jusqu’à trouver la bonne idée.Le plus grand des créateurs ne fera jamais rien s’il n’est pas capable de prendre une décision !

Si une hésitation est généralement saine, elle devient néfaste dès lors que vous entrez dans une phase de stagnation, que vous avez déjà pesé le pour et le contre, que vous n’apprenez plus rien de nouveau et que vous n’êtes pas capable de transformer votre réflexion en décision.

S’il est difficile de lutter contre une hésitation, il est toutefois possible d’en faire une force.Utilisez votre doute pour vous informer et vous instruire.Si par exemple vous hésitez entre deux projets de formation, ne restez pas dans votre lit à ruminer.

Partez rencontrer des professionnels, renseignez-vous plus encore sur les potentialités d’évolution, sur les avantages et les inconvénients de chaque métier.Soyez dans l’action plutôt que dans la lamentation.Vous ferez ainsi de vos doutes des moteurs plutôt que des freins.

Enfin, une hésitation peut être extrêmement chronophage.Pour éviter de perdre votre temps à réfléchir indéfiniment, fixez-vous des échéances précises et forcez-vous à les respecter, quitte à prendre certaines décisions au hasard.Prendre un mauvais choix est parfois meilleur que demeurer dans l’indécision.

 

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